UFC-Que Choisir de Nantes

Nos enquêtes

Visite chez des opticiens de Loire Atlantique

Dans la catégorie paramédicale, l’optique représente le poste le plus important, regroupant tous les équipements médicaux (prothèses, optique, matériel pour handicapés, pansements…), hors médicaments. Le nombre des magasins d’optique est en hausse de 47 % depuis 2000. Les Français ont le budget « lunettes » le plus élevé d’Europe (supérieur de 50 % en moyenne). Le coût élevé de l’optique est l’une des causes principales de renoncement aux soins : les plus modestes ne peuvent faire face.
La prise en charge financière des lunettes est presque en totalité à la charge du consommateur, soit directement, soit par son assurance complémentaire de santé. En effet, la sécurité sociale n’intervient qu’à peine à 5 % dans le financement des frais d’optique (pour l’ensemble monture et verres). Mais en prenant en charge à plus de 60 % le coût des lunettes, les complémentaires ont poussé à la consommation, par exemple pour s’offrir la dernière monture à la mode, puisque c’est la mutuelle qui paie… Du moins le croit-on. En réalité, ce raisonnement conduit à l’augmentation des primes d’assurances complémentaires, et à la flambée des prix de l’optique.

Le protocole

En novembre 2013 nos enquêteurs ont visité anonymement 38 magasins d’optique en Loire-Atlantique (Nantes et St Nazaire). Sans prescription médicale ni carte vitale, nos bénévoles devaient d’abord prétexter un futur achat d’une paire de lunettes, adaptée à la vision de près (verres uni focaux). Ils informaient ensuite l’opticien du montant de la prise en charge accordée par leur mutuelle (90 € pour la monture et 390 € pour les 2 verres). Ils choisissaient enfin une monture de 140 € minimum.
Les enquêteurs devaient par ailleurs :

  • Vérifier l’affichage et la lisibilité des prix.
  • Se renseigner sur les offres promotionnelles.
  • Noter si l’interlocuteur portait un badge professionnel de qualification (le client doit savoir s’il a affaire à un diplômé, ou à un simple vendeur).
  • Évaluer le conseil et l’accompagnement personnalisé dans le choix de la monture.

Les résultats

L’affichage des prix : c’est une obligation légale, respectée dans une majorité des points de vente. Mais dans 76 % des magasins enquêtés dans notre département, les prix des équipements n’étaient indiqués que sur les montures elles-mêmes.
Les offres promotionnelles : dans 87 % des points de vente enquêtés, une offre promotionnelle était en cours, le plus souvent sous la forme d’une deuxième paire offerte. Mais cette pratique n’a que l’apparence de la gratuité, puisque son coût se répercute sur le prix de l’équipement initial remboursé. Difficile d’y voir clair sur le prix réel d’une paire de lunettes, dans ces conditions.
Plus grave : dans 13 % d’enseignes visitées, les opticiens ont proposé d’ajuster la facture en fonction du remboursement maximal prévu par la complémentaire santé (notamment en surfacturant les verres) pour absorber le coût d’une monture de marque dépassant la limite de remboursement.
Le badge : le port du badge professionnel n’est pas suffisamment observé, avec 68 % des vendeurs qui n’en portaient pas.
L’accompagnement : malgré l’absence de prescription médicale, plus de 68 % des opticiens ont joué le jeu, en renseignant leur client potentiel et en les guidant dans le choix d’une monture.

Conclusion

L’UFC-Que Choisir, attachée à un accès pour tous à des soins de qualité, est intervenue auprès des parlementaires du département pour que, dans le cadre de la réforme des contrats santé engagée par le gouvernement, les complémentaires santé ne voient leurs remboursements en optique plafonnés que si elles ne mettent pas en place un réseau de soins, à même de garantir des baisses réelles de tarifs aux consommateurs.
Nous avons été entendus avec la nouvelle loi HAMON (en particulier pour dynamiser le marché sur internet, afin de faire baisser les prix, sans perdre en qualité), mais seulement en partie pour les modalités de remboursement : le combat continue !


Octobre 2014 par Mariannick PACREAU