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Le frelon asiatique : un danger qui prolifère

Le frelon asiatique (vespa velutina) appelé également frelon à pattes jaunes appartient à la famille des hyménoptères comme tous les frelons. Originaire d’Asie, il a été officiellement déclaré en France en 2005, suite à la découverte de nids près de Nérac, dans le Lot-et-Garonne, mais on peut situer son arrivée dès 2004. On suppose que son introduction résulte d’un transport par conteneur en provenance de Chine. Très rapidement, il a été signalé en Dordogne et en Gironde.

De taille allant de 2,5 cm à 3,5 cm pour la reine (3 cm pour les ouvrières), sa couleur dominante est le noir, avec une large bande jaune-orangé sur le 4ème segment de l’abdomen, agrémentée d’un triangle noir sur la partie supérieure. On observe un fin liseré jaune sur le 1er segment. Ses ailes sont sombres, ses pattes sont jaunes dans leur partie inférieure et sombres dans leur partie supérieure.

Son habitat

Si généralement on observe son nid dans les arbres, jusqu’à plus de 30 mètres, on peut aussi le trouver près du sol, dans des haies ou sous une toiture. Son nid de forme ovoïde ou sphérique, ressemblant à du papier mâché, peut atteindre un diamètre de 40 à 80 m, voire davantage pour les plus grands.

Son cycle de vie

Début mars, les reines (dont la durée de vie est d’un an) sortent d’hivernage et chacune part construire son nid pour fonder sa propre colonie, qui va se développer de mars à juillet (jusqu’à 2.000 frelons).

De juin à octobre, le nid atteint sa taille maximale. Il est composé d’ouvrières et de mâles. Les larves sexuées femelles sont élevées pour devenir des reines (environ 150 par colonie). Elles quitteront le nid fin octobre pour se faire féconder.

D’octobre à décembre, les ouvrières et leur reine génitrice meurent. Les nids se vident progressivement, tandis que les nouvelles reines entrent en hivernage jusqu’au printemps suivant.

Son implantation en Loire-Atlantique

Sa présence a été repérée pour la 1ère fois en 2010, avec 7 nids. Et on signalait déjà 129 nids en 2011, puis 689 en 2012, 822 en 2013, 1447 en 2014. Il y a tout lieu de penser que l’implantation est beaucoup plus importante, car beaucoup de particuliers ne déclarent pas la présence de nids.

Un danger avéré pour notre environnement

Si le frelon asiatique se nourrit de nectar de fleurs et de fruits, il est aussi un prédateur des autres insectes pour nourrir ses larves. Il a une préférence pour l’abeille domestique, qu’il est capable de saisir en plein vol et, bien sûr, c’est autour des ruches qu’il va être le plus actif. De l’abeille, il ne va conserver que l’abdomen, dont il va faire une boulette de nourriture rapportée au nid.

Au-delà de la chute de production de miel, le danger environnemental par atteinte à la biodiversité est évident : les abeilles jouent un rôle majeur dans la survie des végétaux, grâce à la pollinisation qu’elles assurent auprès de 20.000 espèces de plantes en Europe (dont 40 % de fruits et légumes).

Un danger aussi pour les humains

Isolé, le frelon asiatique n’attaque pas spontanément. Par contre, si on approche à moins de 5 mètres de son nid, il peut déclencher une défense collective. Les effets de son venin dépendront de la sensibilité de chacun, mais œdème de Quincke (la gorge gonfle) ou choc anaphylactique (chute brutale de la tension artérielle) sont à craindre.

Le danger est surtout dans sa capacité de prolifération, qui augmente les risques de piqûres.

La problématique du particulier concerné

Les articles de presse sur le frelon asiatique sont nombreux : beaucoup de solutions plus ou moins efficaces circulent pour l’éliminer. Le particulier confronté au problème s’interroge : dois-je le faire détruire ou pas, et à quel coût ?

La règlementation a classé le frelon asiatique comme danger sanitaire de 2ème catégorie au titre de la protection de l’abeille domestique. Son classement en première catégorie (qui rendrait sa destruction obligatoire et une prise en charge par la collectivité) n’a pas été retenu par le Ministère de l’Agriculture, pour l’instant.

Pour le particulier, il n’y a donc pas d’obligation de destruction systématique des nids, mais en cas de proximité du lieu de vie, une intervention devra être envisagée. De même, on ne peut pas exiger de son voisin la destruction d’un nid. L’obligation de détruire ne pourrait être donnée que par arrêté municipal, pour mise en danger d’autrui, avec prise en charge et financement public.

Le coût de destruction (entre 80 € et 500 €, selon la difficulté de l’intervention) est donc en principe à la charge exclusive du particulier (sauf convention : voir ci-après). Ce travail, compte tenu des risques d’accidents (chutes, attaque brutale déclenchée par les insectes) ne peut être confié qu’à un professionnel qualifié, agissant selon un cahier des charges rigoureux, intégrant le cycle de vie des frelons (afin d’empêcher la dissémination de l’espèce). Un biocide ciblé, puissant mais ne portant pas atteinte aux autres espèces sera utilisé.

Des initiatives individuelles comme de prétendus « pièges à frelons » sont d’une efficacité controversée. Leur mise en place peut même porter préjudice à d’autres espèces nécessaires à notre biodiversité. Il ne faut pas oublier que la totalité de la colonie va mourir d’elle-même au début de l’hiver, à l’exception des futures reines parties se faire féconder : ce sont elles surtout qu’il faut éliminer !

Des recherches scientifiques sont en cours pour mettre au point un piège sélectif, qui normalement devrait être opérationnel début 2016.

Le plan d’action public

Des actions collectives s’organisent enfin pour lutter contre le frelon asiatique : interrogez votre Mairie pour connaitre les formules proposées (ou pas) dans votre commune.

Un arrêté du 31 mars 2014 du Ministère de l’Agriculture a désigné la Fédération des groupements de défense contre les organismes nuisibles (connu en Loire Atlantique sous le sigle FDGON 44), comme Organisme à Vocation Sanitaire, chargé de combattre notamment le frelon asiatique. En cas de décision de destruction, le FDGON 44 fait appel à une entreprise répondant à un cahier des charges strict.

Avec l’appui du Conseil départemental et du Conseil Régional, l’organisme FDGON 44 entreprend une démarche collective de lutte contre le frelon en particulier. Fin mai, 70 communes sur 221 de notre département ont signé une convention avec le FDGON 44, pour désigner une personne formée par le FGDON 44, et chargée de valider les signalements de nids de frelons, et décider de l’action à entreprendre : le coût de l’opération de destruction, sur le territoire d’une collectivité ayant signé cette convention, est partagé par moitié entre le particulier propriétaire du terrain et la collectivité signataire.

Mais une rapide enquête réalisée par notre association montre des situations très disparates (de la prise en charge totale à un remboursement forfaitaire de 45 €).

Dans le cas d’un particulier qui n’habiterait pas une commune ayant mis en place cette convention (Ville de Nantes à l’heure actuelle, par exemple), le parcours sera plus difficile, car il devra trouver lui-même l’entreprise habilitée pour réaliser la destruction, et il ne pourra pas prétendre à une aide financière.

Par ailleurs, ces interventions ne sont pas prises en charge par les compagnies d’assurance.

La vigilance de chacun est nécessaire

Pour lutter efficacement contre cette espèce très invasive, la vigilance de chacun s’impose. Aussi, nous recommandons à tout citoyen de signaler au FGDON44 l’apparition de nids visibles, afin d’organiser la régression de cette menace : il s’agit d’une démarche citoyenne éco-responsable.

Cet organisme vous indiquera la marche à suivre, en particulier si votre commune est conventionnée ou pas.

Coordonnées FGDON : 02 40 36 87 79 ou 02 40 36 83 03 – www.fdgdon44.fr

Notre position

La prolifération du frelon asiatique est inquiétante dans notre département : pour la protection de la biodiversité et des personnes, il est donc nécessaire que les pouvoirs publics mobilisent leurs moyens, informent et accompagnent les citoyens dans la lutte contre ce qui pourrait devenir un fléau.

Puisqu’il existe un cadre de lutte efficace et maîtrisée, avec la convention FDGON 44, notre association considère que toutes les communes de LOIRE-ATLANTIQUE doivent au moins examiner le risque sur leur territoire, informer la population, et prendre des mesures pour aider les particuliers confrontés à ce problème.


Août 2015 par Jean Pierre SARRAZIN