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Autre sujet environnement

Cheminées à foyer ouvert : vers une règlementation ?

Quel plaisir que celui de passer une soirée au « coin du feu », devant une cheminée traditionnelle, à écouter le crépitement des flammes qui dansent, sentir cette odeur du bois qui brûle…. Sauf que cet agrément se traduit par un rendement énergétique déplorable, une forte contribution à la pollution atmosphérique et devient donc un problème de santé publique..

Le bois : une énergie renouvelable

Le bois est une énergie renouvelable car la ressource se reconstitue rapidement, à la différence des énergies fossiles. C’est même, en France, la deuxième énergie renouvelable après l’hydraulique. Lorsqu’il brûle, le bois ne libère dans l’air que la quantité de dioxyde de carbone (CO2) qu’il a absorbé durant toute sa croissance : son impact sur l’effet de serre est donc neutre, sous réserve d’un bon équilibre entre prélèvement et développement de la ressource.
En revanche, quand ses conditions de combustion ne sont pas optimales ( foyers ouverts, taux d’humidité élevé… ), il devient source de dégagement de particules fines très dommageables pour la qualité de l’air et notre santé. Selon Air Pays de la Loire, l’émission annuelle cumulée par le chauffage au bois des particuliers équivaudrait à l’émission cumulée des ligériens si chacun parcourait 15000 km avec une voiture diesel.

Cheminées à foyer ouvert : un bilan déplorable

Le rendement thermique d’une cheminée à foyer ouvert est à peine de 10 %, contre 60 à 80 % pour un insert à foyer fermé et plus de 80 % pour un poêle à bûches ou à granulés. En outre le niveau d’émission de particules fines est alors divisé jusqu’à 15. De plus, en cheminée à foyer ouvert, on constate une surconsommation du combustible, créant ainsi une pollution augmentée d’autant. Le rendement de ce type de cheminée peut même devenir négatif du fait des pertes thermiques importantes quand la cheminée n’est pas utilisée. Certes, il existe des trappes pour fermer le conduit, mais leur usage peut s’avérer dangereux si on les ferme prématurément au motif qu’il n’y a plus de fumée visible alors qu’il reste des braises incandescentes, source d’émanation de monoxyde de carbone, gaz toxique inodore pouvant être rapidement mortel.

Les solutions

On l’aura compris, la situation est de nature à conduire le législateur à règlementer l’usage des foyers ouverts. Déjà, des tentatives ont été lancées à Paris et ses communes proches. Elles n’ont pas abouti à ce jour mais l’idée à germé et ne demande qu’à être reprise.
Alors comme souvent quand une chose s’annonce inévitable, mieux vaut s’y préparer et même anticiper dans sa résolution en faisant évoluer son installation. Voici quelques conseils :

  • Bien choisir son appareil : insert à foyer fermé ? poêle à buches ? à granulés ? Depuis janvier 2015, il faudra choisir un appareil avec le label de qualité « Flamme verte », de niveau d’au moins 5 étoiles, qui garantira une émission basse en particules fines.
  • S’adresser à un professionnel agrée RGE (Reconnu Garant de l’Environnement)même si ce label ne garantit pas une compétence avérée en la matière. Bien s’assurer qu’il est titulaire de cet agrément et non en attente de validation de son dossier, ce qui vous priverait de l’avantage fiscal attaché. Il vérifiera que le choix de votre équipement est adapté. Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, lui confier la réalisation du projet (achat du matériel + installation) vous ouvrira droit à un taux de TVA minoré et vous rendra éligible au crédit d’impôts, sous condition de prendre un appareil « Flamme verte ». Dans la présentation de son devis préalable obligatoire, demandez-lui de chiffrer vos avantages.
  • N’utiliser que du bois de qualité, garant d’un bon rendement thermique. Il existe une certification pour le bois énergie : « NF Bois de chauffage ». Il ne faut jamais brûler les bois traités : agglomérés, vieux meubles, bois récupérés sur les chantiers : outre l’assurance qu’ils vont dégager dans l’environnement des polluants très nocifs, vous vous exposez à dégrader la qualité de l’air intérieur de votre habitat et à inhaler des COV (composés organiques volatils) dont beaucoup sont classés cancérogènes pour l’homme.
  • Respecter le règlement sanitaire qui impose le ramonage des conduits deux fois par an dont une pendant la période de chauffe.

Nostalgie ou pragmatisme ?

Le chauffage au bois porte l’image d’une pratique « naturelle et ancienne ». La cheminée traditionnelle à foyer ouvert restera un objet décoratif mais, sauf aménagement, ne pourra plus servir comme moyen de chauffage.
Par contre, se chauffer au bois avec un appareil moderne procurera, outre l’agrément d’un feu avec flamme toujours visible, la satisfaction d’être acteur dans la protection de notre environnement.


Février 2017 par Jean-Pierre SARRAZIN