UFC-Que Choisir de Nantes

Jardinage

Jardiner au naturel, ça coule de source

La chimie dans les sols : volumes, conséquences, et coûts

La France est le premier consommateur d’engrais minéraux de l’Union Européenne (2.2 Mt consommés en 2013) et le deuxième en matière de produits phytosanitaires (66 Mt vendus en 2013).

L’étude du bilan de la circulation de l’azote utilisé en agriculture fait apparaître un excès pouvant atteindre 1,5 Mt par an (plus de 50% de l’azote utilisée), non assimilé par les plantes et rejeté dans l’eau, l’air, ou stocké dans le sol.

Le coût pour la société des conséquences environnementales de l’utilisation des engrais azotés est évalué dans une fourchette de 1 à 3 milliards d’euros par an. Quant au coût lié à l’utilisation des phytosanitaires, la fourchette va de 260 à 360 millions d’euros par an (étude du Commissariat Général au Développement Durable de décembre 2015).

Concernant la production d’eau potable, toutes les études montrent qu’adopter une solution préventive coûte deux fois moins cher qu’une solution curative ou palliative. En effet, le coût marginal pour le préventif est évalué à 0,24 €/M³, contre respectivement 0,45 et 0,41 € par M³ pour le palliatif et le curatif.

La réglementation et les engagements nationaux

La réglementation relative à l’utilisation des engrais azotés et des produits phytosanitaires s’inscrit dans le cadre européen des directives dite « nitrates » et « pesticides », déclinées et complétées par des actions et programmes nationaux : Plan ÉCOPHYTO pour les pesticides, Plan nitrate pour les engrais azotés.

Pour mémoire, la Directive Cadre sur l’Eau, texte européen datant de 2000, incorporée en France par une loi de 2004, avait pour objectif le retour au « bon état » de toutes les masses d’eau (de surface, souterraines et côtières) en 2015 ! Avec le plan ÉCOPHYTO 2, le gouvernement vient de revoir ses ambitions de réduction de l’utilisation des pesticides à la baisse…

Le premier plan s’est soldé par un échec : mis en place en 2008, il visait à réduire de 50 % l’utilisation des pesticides à l’horizon 2018, alors que les dernières études font état d’une stagnation, voire d’une légère augmentation de leur consommation !

Le 2ème plan (octobre 2015) vise à une réduction en 2 temps : 25 % en 2020 et 50 % à l’horizon 2025. Le budget annuel qui lui est consacré passe de 40 à 70 millions d’euros, ce qui pose la question de l’utilisation des fonds publics, compte tenu de l’échec du précédent !

Une récente émission de télévision sur France 2 (« CASH INVESTIGATION ») montrait que le département de Loire-Atlantique se situait à la deuxième place derrière l’Aube dans l’utilisation des pesticides : 3.500 tonnes vendues, soit un volume 3,5 fois supérieur à la moyenne des départements français…

Le 5ème Plan nitrate témoigne également de l’insuffisance des mesures adoptées lors des 4 précédents…

Ainsi, la France reste menacée de lourdes sanctions financières, suite à son assignation par la Commission Européenne devant la Cour de Justice de l’Union, pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires.

La situation en Pays de la Loire

Le SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau) du bassin Loire Bretagne s’était fixé un objectif à hauteur de 60 % pour le retour au « bon état » sur l’ensemble des masses d’eau en 2015.

Même cet objectif au rabais n’a pas été atteint : seulement 30 % sont parvenus au niveau de « bon état ».

Le nouveau SDAGE (2016-2021) vient de reporter l’objectif des 60 % à l’horizon 2021…

En Pays de la Loire, la situation reste inférieure à la moyenne nationale, avec près de 9 masses d’eau sur 10 n’atteignant pas le « bon état ». Un tiers de celles-ci sont par ailleurs dans un état « médiocre » ou « mauvais ».

En 2014, 37 molécules ont été quantifiées dans au moins 5% des prélèvements :

  • L’AMPA, molécule de dégradation du glyphosate, est quantifiée dans plus de 82 % des prélèvements.
  • Le glyphosate, herbicide tous usages, est présent dans plus de 14 % des prélèvements, à des concentrations supérieures à 0,1μg/l (seuil au-delà duquel le traitement de l’eau est obligatoire).
  • L’isoproturon, herbicide des céréales, se retrouve dans plus de 58 % des prélèvements, à des concentrations supérieures à 0,1 μg/l pour 12,5 %.

La reconquête de la qualité de l’eau reste donc une démarche prioritaire.

Bien que le jardinier amateur ne soit « responsable » que d’une faible partie de la pollution due aux nitrates et aux pesticides (80 à 90 % sont d’origine agricole), il n’en demeure pas moins indispensable qu’il prenne sa part dans le changement de pratiques culturales.

L’UFC Que Choisir Nantes est engagée dans la mise en œuvre du programme « Jardiner au naturel, ça coule de source »

Afin de sensibiliser le jardinier amateur et l’encourager à changer ses pratiques, la charte « Jardiner au naturel, ça coule de source » a été mise en place depuis 2012 sur le bassin versant de l’Erdre (forte teneur en nitrates et pesticides). Cette charte est pilotée par l’EDENN (Entente pour le Développement de l’Erdre Navigable et Naturelle), structure réfèrente pour ce bassin versant du SAGE Estuaire de la Loire.

Le programme repose notamment sur une formation des vendeurs des jardineries et enseignes signataires, afin qu’ils conseillent et mettent en avant des solutions alternatives aux pesticides, plus respectueuses de l’environnement.

Depuis son lancement, l’UFC Que Choisir Nantes est associée à cette démarche au travers, en particulier, des enquêtes « client mystère », dont le bilan montre des résultats positifs, en ce qui concerne les conseils apportés par les vendeurs.

Dans l’ensemble, on constate une nette amélioration, depuis 2012, des solutions préconisées, plus favorables à la qualité de l’eau.

En 2012, 50 % des vendeurs proposaient un désherbant chimique (type ROUND UP) en première intention, alors qu’en 2015, 70 % proposent une solution alternative.

Ceci montre l’intérêt de continuer la formation des vendeurs.

Liste des magasins signataires de cette charte : CASTORAMA (Nantes – Orvault), TRUFFAUT (Carquefou – Orvault), BRICOMARCHE (La Chapelle/Erdre), SKL France RURALE (Ligné), PEPINIERE du Val d’Erdre (St Mars du Désert), VIVE LE JARDIN (Carquefou), TERRENA (Candé – LignéLe Loroux Béconnais – St Mars la Jaille – Carquefou), GAMM VERT (Nort/Erdre – Treillières).

Notre association vient de signer une convention avec le Syndicat Mixte Établissement Public Territorial de la Sèvre Nantaise, pour la mise en place d’une nouvelle charte « Jardiner au naturel, ça coule de source »

L’étude régionale de « hiérarchisation des Bassins versants vis à vis des pesticides en Pays de la Loire (réalisée en 2013) faisait ressortir le Bassin Versant de la Sanguèze comme « très prioritaire » :

  • Au-delà de 0.5µg/l, il devient nécessaire de mettre en place un traitement spécifique.
  • 5µg/l est le seuil à ne pas dépasser pour le cumul des pesticides dans une eau brute, pour pouvoir être utilisée pour la production d’eau potable.

La Sanguèze est une rivière de 44 km, qui prend sa source en Maine et Loire et qui traverse le vignoble pour se jeter dans la Sèvre Nantaise, au PALLET.

C’est sur ce Bassin versant (à forte concentration viticole et maraichère), que la charte est mise en œuvre en 2016. Notre association sera chargée des enquêtes « client mystère » et participera aux formations des vendeurs.

Liste des magasins signataires de cette charte : TERRENA (Gesté), GAMM VERT(Vallet), BRICOMARCHE (Vallet), GAMM VERT(Clisson),ESPACE EMERAUDE (Clisson), JARDIN DECOR (Gétigné), JEAN JACQUES MACE (La Régrippière).
En 2014, à la station de prélèvement du PALLET (sur la Sanguèze), pour la moitié des mesures effectuées, les cumuls de pesticides ont dépassé le seuil de 0.5µg/l. Des cumuls supérieurs à 5µg/l (pouvant atteindre 49 µg/l) ont été mesurés à 7 reprises (sur 12 prélèvements) :

L’UFC Que Choisir souligne que l’effort principal à mener pour diminuer la pollution par les pesticides est à réaliser dans le domaine agricole. Nous nous exprimons d’ailleurs très souvent sur ce sujet, en regrettant le manque de courage politique pour mener des actions efficaces. Mais nous souhaitons également montrer, par le portage de ces chartes, que le citoyen contribue pour sa part à l’effort collectif !


Avril 2016 par Nello DE COLL, Gérard ALLARD