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Actualité, Alerte méfiez-vous

Consommez !

Consommateurs, il en va de la sauvegarde, de l’avenir, et même du destin de la nation : vous devez désormais consommer, sans retenue ni réserve, sans honte ni pudeur, sans mégoter ni marchander. Sans responsabilité ?
Comme l’ont fait en leur temps les Vercingétorix, Henri IV, Jeanne d’Arc, Clemenceau, le grand Charles, les consommateurs vont sauver la France en consommant.
Allez, basta les doigts dans la déconfiture, il n’y a plus de honte. Tout le monde en magasins, aux grandes enseignes, sur le commerce en ligne. Faire chauffer au rouge la carte bancaire, vider le livret, emprunter aux banques, taper les parents, les enfants, les voisins.
L’ardente obligation de tout citoyen est de retrouver la frénésie de l’achat, la démangeaison du frivole, la jouissance de la possession.
Jusqu’en mars 2020, on pouvait penser que l’acte d’achat, la consommation, étaient destinés principalement à satisfaire des besoins essentiels. C’était avant. Pourtant, déjà, la surconsommation était bien dans les pratiques générales, ou de beaucoup.
Dorénavant, changement ou confirmation d’optique, selon la mentalité. Il faut acheter des masses de vêtements made in Mao Kong, des outillages made in Kang hourou, des meubles made in Sandale y nave, des véhicules Kadératé, de l’informatique conçue et réalisée en Silicone Riz.
Voilà des emplettes replètes, qui vont profiter à des fournisseurs lointains, et creuser le déficit commercial pour quelques dizaines de milliards de plus.
Après cet accès de fièvre bénémaléfique, on n’aura plus un rond pour investir dans le made in France. Investir, c’est-à-dire aussi bien consommer que participer au financement des entreprises respectueuses du droit (du travail, des enfants) et des valeurs (la qualité, la sobriété, la durabilité).
L’acte d’achat peut aussi être civique. Cette crise pourrait encore faire mieux comprendre le rôle citoyen du consommateur.
Ou alors au moins, prendre ses vacances à moins de huit heures d’avion ne fera plus autant péquenot.

Juin 2020 par Jean BOURDELIN