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Humeur : post-internet pour préinterné

Avec le déconfinement, j’ai navigué comme un malade, et pris des résolutions pour m’améliorer. Mais me voilà bien confus, dépité. L’internet m’a fait péter un câble, c’est le délabrement de mes neurones, l’explosion cérébrale.
J’avoue, mon handicap informatique me fait honte : ça casse vraiment la drague et le respect des petits-enfants.
Aussi, j’avais projeté un plan de formation qui devait me porter, en dix ans, au sommet de l’art. Sur le chemin de la gloire, je sais déjà allumer mon ordinateur, tripoter le mulot, papouiller le clavier.
Mais voilà : l’article d’un grand quotidien régional dans son édition du soir vient anéantir cette noble ambition. Il y est écrit : « Le réchauffement climatique pourrait noyer le réseau internet mondial ». J’en frémis. En effet, l’américain Paul BARFORD, scientifique à l’université du Wisconsin, observe qu’une grande partie de l’infrastructure existante est située tout près des côtes. Dès lors, il ne faut pas beaucoup plus de quelques centimètres d’eau pour qu’elle se retrouve sous l’eau. Ce sont plus de 6.000 km de câbles et fibre optique, des serveurs et centres de stockage de données, d’un millier de centres de maintenance, qui sont implantés sur les seules côtes américaines. Le monde entier serait touché.
Mon programme d’entraînement intensif prévoyait la gestion en ligne de mes comptes bancaires (un rêve). Mais voilà (encore une fois) : l’Europe a prévu d’ajouter aux protections actuelles (identifiant, code secret) une certification supplémentaire (vous en avez deux, il y en aura trois).
Je ne vous dis pas le cauchemar. Et puis si, je vous le dis quand même. La banque (postale) vous envoie une rafale de consignes pour obtenir un « certicode ». Il faut alors se rendre au guichet avec les justificatifs d’usage : carte d’identité, livret de famille, autorisation des parents pour les plus de 65 ans, livret militaire pour les dames, extrait de casier, certificat de baptême. Bref, tout apporter dans un carton à chaussures, pour être sûr qu’il en manquera au moins un. Alors, muni du sésame bancaire (et postal), il reste à appeler un numéro de téléphone qui vous adressera par texto sur votre mobile un numéro définitif, lequel précèdera peut-être des gesticulations qui sont encore à savourer.
Heureusement, d’autres banques ont prévu un circuit différent, peut-être plus facile. Tout se passe par téléphone, pour accéder au compte. Bien sûr, il faut pouvoir joindre la banque au téléphone. Et là, avec la crise sanitaire, le télétravail, l’encombrement des lignes, les heures d’ouverture (mais surtout de fermeture), je ne vous dis pas le cauchemar. Et puis si, je vous le dis quand même. Dépenser sans compter en télécommunications chronophages, avant d’être informé du blocage des comptes. Le client qui aura commis trop d’essais infructueux sera privé de coffre, de chèques, de carte, de sourire, et de ses sous.
Toujours est-il que, sourdingue, malvoyant et dépourvu de mobile, je suis inquiet. Pas eux (ni la banque ni l’Europe).
Mon conseil : prévoir l’extinction d’internet et revoir les programmes de formation. Orienter vite fait l’apprentissage sur la pratique du morse, des signaux de fumée, du tam-tam et d’autres sémaphores. Il reste quelques places en burin sur marbre, stylet sur tablettes et plume d’oie sur parchemin.

Mais il me faut vous quitter : l’ambulance arrive. C’est pour moi, avec un matelas virtuel, des sangles numériques, une camisole digitale. Le tout est siglé CARDIN : la classe, à défaut de formation.  


Juillet 2020 par Jean BOURDELIN