UFC-Que Choisir de Nantes

Actualité, Eau et assainissement, Environnement

Captage de MASSÉRAC en voie de dépollution, au prix fort

Un arrêté préfectoral du 11 mai 2020 autorise la distribution, dans les communes alimentées par le captage de MASSÉRAC, d’une eau de consommation qui n’est toujours pas conforme aux limites de qualité attendues. En contrepartie, un plan d’action est engagé par la préfecture pour permettre de revenir dans un délai maximum de 3 ans à une situation normale.
Une trop longue histoire
Depuis 2016, les analyses sanitaires de l’eau distribuée aux 13 000 habitants desservis par le captage de MASSÉRAC révèlent des dépassements de la limite de qualité autorisée. La raison de cette pollution est la présence de résidus d’herbicides (appelées métabolites, comme le ESA métolachlore), utilisés dans la culture du maïs. Ces dépassements sont trop élevés par leur niveau (en moyenne 0,3 µg/Litre, avec des pointes à 0,5, alors que la limite autorisée est de 0,1µg/Litre) et trop fréquents dans leur durée (plus de 200 jours annuels).
L’Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire souligne que si les limites de qualité sont bien dépassées, il n’y a pas de risques sanitaires avérés à consommer cette eau, et que de ce fait il n’y a pas de restriction d’usage à prendre.
L’action de l’UFC-Que Choisir
Dans plusieurs interventions auprès du Préfet de Loire Atlantique (la première en juillet 2016), nous demandions l’application de la réglementation. Celle-ci prévoit, dans une telle situation, la publication d’un arrêté préfectoral (dit de dérogation), qui prend acte des dépassements observés, mais engage des mesures pour revenir à une situation normale pour les usagers.
Dans nos propositions, nous souhaitions des mesures curatives (amélioration des traitements de l’eau) mais également des mesures préventives (interdiction des herbicides sur ce périmètre de captage).
Nous avons eu de nombreux contacts avec des associations de ce territoire ainsi qu’avec l’autorité chargée de la distribution de l’eau (ATLANTIC’EAU), l’ARS déjà citée, les services préfectoraux.
L’arrêté préfectoral
Le projet d’arrêté préfectoral pour le captage de MASSÉRAC avait été présenté pour avis au conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), au sein duquel notre association siège pour représenter les usagers
Ce texte prend acte du dépassement de la limite de qualité de l’eau distribué pour l’Esa Métolachlore, et fixe pour 3 ans la limite de qualité maximale à 0,6
Il décide de mettre en place une filière efficace de traitement des pesticides à l’usine d’eau potable pour 2022 avec un investissement de 1,7 millions.
Il retient l’engagement du gestionnaire ATLANTIC’EAU de proposer l’interdiction de produits phytopharmaceutiques sur le périmètre de captage, d’ici fin 2020, à l’issue d’une nouvelle procédure d’utilité publique.
Il prévoit une information claire de la population sur la situation actuelle.
Notre position
L’UFC-Que Choisir de NANTES et de SAINT NAZAIRE déplorent la nécessité d’un arrêté préfectoral de dérogation pour résoudre ce problème, alors que la responsabilité des différents acteurs (en particulier les agriculteurs) aurait dû suffire. Malheureusement, le souci de l’intérêt général n’était pas au rendez-vous. Cette procédure était donc la seule solution pour avancer, réguler et mettre en place un plan d’action.
Nous déplorons également que l’investissement dans l’usine de traitement, ainsi que les frais de fonctionnement (environ 200 000 € annuels) seront supportés par tous les abonnés d’ATLANTIC’EAU, alors qu’ils ne sont pas à l’origine de cette pollution.

Nous voulons croire à l’engagement d’ATLANTIC’EAU de proposer l’interdiction des pesticides sur le captage, et surtout à l’application par l’autorité préfectorale de cette interdiction.


Mai 2020 par  Gérard ALLARD