UFC-Que Choisir de Nantes

Alerte méfiez-vous

RENOSTYL, régulièrement condamné, mais prospère

La société RÉNOSTYL, située à BASSE-GOULAINE, procède par démarchage, souvent auprès de personnes âgées. Ses prestations sont le plus souvent calamiteuses, et ses procédés commerciaux très critiquables. Nous ne sommes plus les seuls à le faire savoir : les condamnations judiciaires se sont multipliées ces derniers temps.
Nous dénonçons depuis plus de 15 ans les pratiques de RÉNOSTYL. Cette société applique des méthodes de vente agressives, réalise des travaux mal faits, à des prix très supérieurs à ceux du marché de la rénovation.
Elle consacre beaucoup d’argent à soigner sa réputation sur internet, en menaçant de poursuites judiciaires les clients mécontents, qui publient leur avis. C’est d’ailleurs ce qui nous est arrivé en 2017, avec une lettre de son avocat. Nous avions osé publier le courrier d’un consommateur décrivant une tentative de commande, assez révélatrice des procédés habituels de RÉNOSTYL. L’avocat soutenait que ce récit était faux, ce qui causait un grave préjudice à sa cliente, nuisant à « son honneur, son image et sa réputation auprès de sa clientèle fidèle ». Il annonçait sa détermination à engager une procédure judiciaire, si l’article n’était pas retiré sous 8 jours. Notre réponse n’a été envoyée que le mois suivant. Notre publication n’a pas été retirée (elle figure toujours en deuxième place dans les résultats de recherche sur internet pour RÉNOSTYL). Aucun procès n’a été engagé pour défendre l’honneur de cette société.
À vrai dire, RÉNOSTYL n’a pas beaucoup de chance avec les tribunaux.
Dans une affaire invraisemblable de travaux de couverture, l’expert a d’abord confirmé que la pose n’avait pas été réalisée conformément à ce qui était prévu au devis. Mais il a surtout considéré que RÉNOSTYL avait commis une erreur en recouvrant avec son bardage un câble de descente EDF présent sur la façade de la maison. Ce contrat, conçu et mis en œuvre en dépit des règles de l’art, a été annulé par les juges. La société RÉNOSTYL a été condamnée à restituer la somme de 1.867 €, versée à titre d’acompte, et procéder à l’enlèvement du bardage installé. Elle est aussi condamnée à verser une indemnité de 800 € à son client, pour le préjudice esthétique causé par une couverture inachevée, recouvrant partiellement sa façade pendant près de 4 ans.
Cour d’appel de Rennes, 5 juin 2008, N° 06-6292
Dans le cas d’une installation de chauffage, l’expert a confirmé les réclamations du client, en constatant que le bruit de la climatisation posée par RÉNOSTYL l’empêchait d’écouter normalement une émission sur son téléviseur installé à deux mètres de distance. La société RÉNOSTYL est condamnée à payer la somme de 7.186 €, correspondant au coût de la remise en état de l’équipement de chauffage et du démontage du système posé par l’entreprise.
Cour d’appel de Rennes, 5 janvier 2017, N° 13-5523
Pour la fourniture et pose d’une ventilation, les juges ont confirmé que le client peut se rétracter dans les 14 jours qui suivent sa commande, mais aussi dans ce même délai après la livraison, conformément aux dispositions du Code de la consommation, lorsqu’il s’agit de démarchage. Ils ont, dans cette même décision, confirmé une prestation calamiteuse de cette entreprise. En effet, les jours suivant l’installation, en plein été, malgré la climatisation équipant leur maison, les clients se sont retrouvés avec une température de 35 degrés dans le couloir, alors que la ventilation RÉNOSTYL tournait à plein régime, insufflant de l’air chaud avec une odeur de laine de roche irrespirable. RÉNOSTYL a été condamnée à rembourser le prix et reprendre le matériel à ses frais.
Cour d’appel d’Angers, 26 janvier 2021, N° 18-00370
Pour l’installation, toujours en démarchage, d’une autre ventilation, les juges ont confirmé la nullité du bon de commande, très imprécis dans les spécifications de l’équipement installé. Ils ont condamné RÉNOSTYL à la reprise du matériel après remise en état du logement, à ses frais.
Cour d’appel de Poitiers, 11 mai 2021, N° 19-21139
L’administration de la Répression des fraudes de LOIRE-ATLANTIQUE a mené une enquête sur les agissements de RÉNOSTYL, après les signalements de nombreux clients mécontents, ou de leurs proches. Il résulte de ses constats que la méthode est toujours la même : après démarchage téléphonique sous un faux prétexte (étude de marché, économies d’électricité), deux commerciaux se présentent au domicile, font le tour de la maison, et se montrent effarés du mauvais état de la toiture ou de l’isolation. Ils dramatisent à outrance, insistent pour réaliser des travaux d’urgence et obtenir la signature, au bout de plusieurs heures. Au besoin, ils reviennent à la charge. Les vendeurs profitent bien du système : les commissions procurent un salaire de 6.000 à 9.000 € mensuel, en moyenne. Le chiffre d’affaires annuel de l’entreprise approche 4 millions.
La société RÉNOSTYL et son gérant ont été déclarés coupables de pratiques commerciales trompeuses à l’égard de plusieurs clients, et de pratiques agressives pour d’autres, qui s’étaient tous constitués parties civiles dans cette affaire. Les victimes, une quinzaine en tout, sont âgées de 70 à 80 ans, certaines sont vulnérables.
RÉNOSTYL a été condamnée à une amende de 35.000 € (2 journées de chiffre d’affaires). Les commerciaux impliqués ont pris des amendes de 2.000 € à 3.000 €, ainsi que 2 et 3 mois de prison pour deux d’entre eux. Le gérant doit payer 10.000 € d’amende à titre personnel, et indemniser les clients pour un total de 90.000 €.
Pourvu que RÉNOSTYL fasse appel : on s’en réjouit d’avance.
Tribunal correctionnel de NANTES, 17 juin 2021

Juillet 2022 par Hervé LE BORGNE